la Malédiction de l’Ourse Bleue

La Lune et le Soleil, après avoir créé le monde, cherchèrent à le peupler. Ils mélangèrent alors un peu de terre, un peu de feuilles d’arbre, un peu de neige, un peu d’eau, un peu d’eux-mêmes et beaucoup d’amour. Puis ils soufflèrent sur le mélange, et apparurent sept ours : l’ours vert Dvustchoï (ours des arbres, des plantes et des fleurs), l’ourse blanche Inaissan (ourse de la neige), l’ourse argentée Limazlissan (ours de la Nuit), l’ourse bleue Tchloukhnovdlievvalyi (ourse de toutes les eaux terrestres et célestes), l’ours(e) rouge Tkitiarka (ours(e) de l’amour et de la vie), l’ours noir Vaalinntchiouk (ours de la terre), et l’ours doré Zlaalektchiouk (ours du jour). Ces sept ours pouvaient également prendre forme humaine : ils furent donc ainsi les premiers humains. Ensuite, la Lune et le Soleil créèrent toute sorte d’animaux, certains capables de se déplacer dans les airs, d’autres dans l’eau et d’autres sur le sol. Ils donnèrent vie à des êtres magiques chargés de veiller sur les forêts, les fleuves et les rochers, puis trouvèrent qu’il manquait quelque chose. Ils se souvinrent alors des sept premiers êtres qu’ils avaient créés, et les prirent comme modèle : il y eut donc des ours dans la forêt et les rochers, et des humains dans les prés et au bord des fleuves. La mort était alors inconnue du monde. Mais humains et animaux allaient se rendre coupables d’un terrible crime.

Un jour, un humain vit l’Ourse Bleue, la plus mystérieuse et la plus inquiétante des Sept Premiers, se changer en femme, et il tomba amoureux d’elle. Il la suivit secrètement, et l’entendit parler aux six autres ours colorés : ils lui disaient que les humains étaient dangereux, qu’il fallait faire attention à eux, surtout quand on n’était pas sous la forme ursine, car la forme humaine ne permettait pas de faire usage des pouvoirs. Ils se recommandaient mutuellement de garder les mains libres à tout prix en cas de danger, pour se changer et ours.

L’humain, qui avait tout entendu, rentra chez lui satisfait. « J’aurai l’Ourse Bleue, se disait-il, et je lui lierai les mains. Plus jamais elle ne se changera en ourse, plus jamais elle nous fera peur ! »

Un autre humain, le jeune Ouva, amoureux et aimé de l’Ourse Bleue, connut les projets de l’homme infâme qui prétendait emprisonner celle-ci. Lorsqu’il retrouva Tchloukhnovdlievvalyi, il lui fit part de ce qu’il savait. La belle sourit et lui dit : « n’aie criante ! Je suis avant tout une ourse, et donc bien plus forte qu’un simple humain. » Puis elle repartit en direction de la forêt en dansant, générant alors une petite pluie fine qui rassura Ouva. Mais l’autre humain aux projets criminels lança un filet solide sur ce dernier, et l’attacha au sol. Le pauvre Ouva ne pouvait plus bouger, mais il cria pour avertir l’Ourse Bleue, qui malheureusement ne l’entendit pas. L’homme regarda Ouva en éclatant de rire, et se lança à la poursuite de Tchloukhnovdlievvalyi. Quand il la rejoignit, elle était encore sous forme humaine, insouciante. Alors, il se jeta sur elle en lui tenant les mains. Elle se dégagea d’un fort coup d’épaule, leva les mains pour redoubler la pluie et se changer en ourse, mais l’homme, qui avait calculé son coup, sortit un immense couteau et lui trancha les mains. Dans un hurlement de douleur, Tchloukhnovdlievvalyi se précipita dans le fleuve Ouvlazlaï (on le connaît aujourd’hui sous le nom de Ienisseï). Elle disparut dans les flots au moment où l’homme allait la capturer. Il y eut alors une immense vague bleue, que tout le monde vit, dont tout le monde eut peur. La Lune et le Soleil apparurent en même temps, de chaque côté du ciel. On sut à cet instant qu’un crime horrible avait eu lieu.

Le lendemain, on ne trouva pas l’Ourse Bleue, mais les animaux avaient osé toucher à ses mains pattes (sans toutefois les manger) que l’homme avait laissées dans la forêt, et ils avaient osé boire l’eau du fleuve Ouvlazlaï. Les humains avaient osé prendre des poissons et de l’eau dans ce fleuve. Aussitôt, une nouvelle vague gigantesque, bien plus impressionnante que celle de la veille, s’éleva du sol jusqu’au ciel, comme une grande colonne d’eau, et on put voir Tchloukhnovdlievvalyi, sous ses deux formes à la fois, s’adresser à tous en ces termes :

« Vous, qui avez osé porter mon sang à votre bouche, vous connaîtrez désormais l’écoulement du temps, votre vie sera limitée. Toi, l’homme qui as osé me couper les mains, ton nom sera oublié à jamais, et tu vas connaître la fin de ta vie tout de suite (l’homme infâme s’écroula au même instant, mort, puis ne fut plus qu’un squelette, et enfin disparut). Quant à ceux qui n’ont rien fait de mal, que leur vie continue, heureuse, jusqu’à sa fin.

Et toi, mon cher Ouva, ajouta avec tendresse, tu ne me reverras plus, mais si tu vas à l’endroit où nous nous sommes rencontrés pour la première fois, tu y trouveras une petite fille : c’est notre fille. Prend bien soin d’elle, et que son peuple soit fort ! »

Et elle disparut, la colonne d’eau de même, et l’eau redevint calme.

Tout ce qu’avait dit l’Ourse Bleue se réalisa. La petite fille que trouva Ouva fut prénommée Ouvvalyiga, surnommée Ouvaga, et l’endroit où elle avait été trouvée, près du fleuve, fut appelé Ouvagavik. C’est cette petite fille qui donna naissance au peuple Ouvaga. Mais ça, c’est une autre histoire…

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