Ne mangez jamais de reine !

Un jour, une reine nommée Jézabel se transforma en nourriture pour chien. Les chiens la mangèrent, puis se retrouvèrent après pour préparer leur congrès gastronomique annuel, qui devait avoir lieu la semaine suivante.

« Alors ?

– Bof… Filandreux…

– Moi j’ai trouvé la viande un peu grasse.

– Moi, j’ai bien aimé.

– Forcément, tu t’es précipité sur le meilleur morceau !

– Et c’était quoi, cet assaisonnement ? Les humains ont cherché à nous empoisonner, ou quoi ?

– Non, les cuisiniers n’y sont pour rien, c’est la viande de reine, ça a toujours un goût un peu bizarre…

– Comment ça ?

– J’en avais déjà mangé, de la reine, avant. Eh bien ça se confirme : les reines s’assaisonnent elles-mêmes à quelque chose pour dégoûter les mangeurs.

– Comme les coccinelles ?

– Comme les coccinelles, exactement !

– Oui, les humains appellent ça du… ah, mince !

– Parfum !

– Oui, voilà : du parfum.

– Moi, je n’avais jamais mangé d’humain, avant.

– Moi non plus : si j’en ai mangé, c’est parce que j’avait une faim de l…

– Chut ! Il ne faut pas prononcer ce mot !

– Moi, si j’en ai mangé, c’est par curiosité. Voyez-vous, mon cousin grec, qu’on verra au congrès la semaine prochaine, eh bien il a mangé de l’humain changé en cerf : d’après lui, ce n’est pas mauvais.

– Bon, on met quelle note, à ce dîner, pour résumer ?

– Six sur dix…

– Quatre sur dix…

– Sept sur dix !

– Non, ce n’est pas possible, tu ne peux pas leur donner sept ! Avec tout ce parfum, on ne retrouvait pas le goût de la viande !

– Tu dis ça parce que tu peux comparer, nous on ne peut pas, c’était la première fois qu’on en mangeait, alors…

– Ce qui compte, c’est est-ce que ça vous a plu ou pas, c’est tout ! Est-ce qu’on peut recommander la reine humaine au congrès gastronomique, là est la question ! A vous bouffer le nez comme ça, on dirait vraiment une bande de l…

– Chut ! Ne dis pas ce mot !

– Alors, coupons la poire en deux : cinq sur dix, car çà nourrit quand on a faim, mais voilà ma recommandation : ne mangez jamais de reine ! »

 

Vous avez remarqué ? Il y avait un mot tabou, tout au long de ce billet. Ce qui nous amène au prochain billet : le mot interdit ! D’ici là, amusez-vous bien !^^

Qui veut du rouge ?

Tout dépend de ce qu’on entend par là : un verre de pinard, ou bien de sang ? Pour les Liatchiki, c’est incontestablement la deuxième solution la meilleure.

Qui sont les Liatchiki ? Ce sont les enfants des deux Mévloutchinai Otchyslo et Suvimga (les deux terribles sœurs qui se nourrissent de la chair de ceux qu’elles ont attirés sur leur île). Un seul jeune homme est arrivé jusqu’à leur île et n’a pas été mangé : il s’agit de Vádjouk. Les Mévloutchinai donnèrent naissance à quatre enfants, deux garçons, Pyvlaï et Toulgaï, et deux filles, Tchoukhna et Lýhatyi. Mais pour survivre, il leur fallait boire régulièrement du sang humain. On les appela les Liatchiki, car ils avaient pour habitude de mordre le cou de leur « citerne » (en koviorys, « liatchik » signifie « cou »). Ils restèrent sur l’île jusqu’à la mort (naturelle) de leur père, puis rejoignirent les humains. Toutefois, ils se tenaient à l’écart. Pourtant, une lignée Liatchika se développa.

Quelque temps après, alors que les Ouvaga étaient arrivés jusqu’aux Carpates, les Liatchiki avaient suivi. Deux d’entre eux, Svoïluzvora et son frère Zlato, étaient si beaux que beaucoup d’humains leur tournaient autour. Bientôt, les yeux de Svoïluzvora se posèrent sur Volodymir, alors que ceux de Zlato rencontrèrent ceux de Liadinka, la sœur de Volodymir. Zlato ne pouvait se résoudre à mordre Liadinka. De son côté, Svoïluzvora mordait régulièrement le cou de Volodymir, tout en rappelant à son frère la nécessité vitale pour les Liatchiki de boire du sang humain.

Cependant, une princesse de la région, Méraléna, décida de se débarrasser de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des vampires. En tant que buveurs de sang, les Liatchiki furent donc visés. Zlato fut tué, tandis que Svoïluzvora se cacha chez Volodymir et Liadinka. Pour capturer la Liatchika, Méraléna enleva et enchaîna Volodymir. Prévenue par Liadinka, Svoïluzvora se rendit chez la princesse pour délivrer celui qu’elle aimait de plus en plus. Elle tomba nez à nez avec Méraléna, se battit contre elle, l’assomma et repartit avec Volodymir. Le jeune homme était si faible qu’il mourrait à la prochaine morsure. Svoïluzvora hésita : elle avait besoin de sang, elle sentait qu’il fallait en boire, mais elle ne voulait pas tuer Volodymir… Elle lui demanda donc de choisir, et il décida : Svoïluzvora devait vivre ! Il fallait perpétuer la lignée des Liatchiki. Il tendit son cou, la Liatchika le mordit et but tout son sang.

Six mois plus tard, Liadinka mit au jour un garçon, et Svoïluzvora une fille. Bien qu’issus de Liatchiki, les bébés étaient totalement humains.

Mais Méraléna n’avait pas oublié la Liatchika. Après une lutte acharnée, Svoïluzvora fut tuée. Liadinka la vengea en empoisonnant Méraléna. Elle éleva Liouchko et Tzvuklaïa comme de vrais humains ; et quand, adultes, on leur proposait un verre de rouge… C’était bien du pinard !

On n’est jamais mieux servi que par soi-même…

Ce proverbe peut-il s’appliquer dans tous les domaines ? A-t-il un sens en matière de nourriture, par exemple ? S’il s’agit de se préparer un plat que l’on aime bien, pourquoi pas, mais « se servir soi-même » peut avoir un tout autre sens : se servir soi-même de sa propre chair… Cela paraît absurde, à première vue.

 

Et pourtant, certains ont essayé (et ils ont eu des problèmes). Voici ce qui s’est passé pour un jeune Ouvaga nommé Ialintek et un Grec dans son acmé (aux alentours de 40 ans) nommé Erysichton.

 

Je vous avais déjà parlé de Ialintek, dans un billet publié le 12 juin 2007 à 20h38 (billet que vous pouvez aussi trouver sur le blog de Szlávik, puisque c’était le premier cross-over que nous faisions). Voici ce qui s’est passé : le pays où les Ouvaga se trouvaient faisait l’objet d’invasions incessantes et de luttes sanglantes. La reine Toréma envoya donc quatre personnes vers l’Ouest pour trouver une terre où les Ouvaga pourraient s’installer et vivre en paix. C’est ce qu’on appela l’expédition des Kovlednaï. L’aller se passa très bien, mais le retour fut épouvantable, et les quatre explorateurs se retrouvèrent sans nourriture. Trois d’entre eux le supportèrent tant bien que mal ; mais le plus jeune, Ialintek,, qui n’avait pas encore 22 ans (on le sait car il est désigné en Ouvaga par le terme « Nanioukta-Inouk », c’est-à-dire toute personne entre 16 ans et demi et 22 ans), devint fou de faim. Il s’éloigna des autres, engourdit son bras dans la neige, s’empara de son couteau, et se coupa le bras pour le manger. Les autres réussirent à ramener Ialintek auprès de Toréma et des siens, mais le pauvre gamin, trop affaibli, ne vécut pas bien longtemps après son retour. Certains mettent en cause l’épuisement, d’autres disent que c’est parce que Ialintek a mangé un élément « Kichouk » (= interdit). Moi je dis que quand on a faim… Mais je n’aurais pas l’idée de me manger moi-même, je m’empoisonnerais à coup sûr (mais ne passez pas dans le coin, vous, par contre !).

 

L’histoire d’Erysichton est tout autre : il avait ordonné de couper les arbres d’un bois consacré à Démétèr. Cette dernière (déguisée, bien sûr) a tenté de le faire renoncer à son crime, mais l’homme n’en a eu que faire : il voulait du bois pour sa nouvelle salle de banquet ! Alors, Démétèr demanda à la Faim de s’insinuer dans le corps d’Erysichton. Ce dernier se réveilla en pleine nuit : il avait faim ! Et il mangea, mangea, mangea… Se ruina pour assouvir sa faim, et à la fin, n’ayant plus rien à manger, finit par se dévorer lui-même… Bien fait pour lui ! Il n’avait qu’à pas couper les arbres de Démétèr !

Un bidon pour maison…

Quel est le point commun entre Scoubidou, Jonas, Gepetto, Pinocchio, Tinku et le Marin rusé ? Vous ne trouvez pas ? D’accord, je vous donne un indice : il paraît que Diogène y habitait aussi (mais sous une autre forme)… Vous ne trouvez toujours pas ? Le bidon, bien sûr !

« Il paraît que Diogène / Habitait dans un tonneau » dit Thomas Fersen dans sa chanson Marie-Des-Guérites. Certes, un tonneau est un bidon, mais les personnages cités précédemment ont vécu quelques temps dans un bidon de tout autre dimension.

Scoubidou la poupée en caoutchouc fut avalée par un requin. Mais elle dansa et sautilla tant et si bien que le requin, pour avoir la paix, remonta la Seine et la recracha à Paris.

Tinku, le jeune Amazonien, fut avalé tout rond par un anaconda. Il se sentait un peu à l’étroit, là-dedans. Alors, il piqua d’une de ses flèches l’anaconda de l’intérieur, et celui-ci recracha cette nourriture récalcitrante.

Le Marin rusé, avalé par un cachalot, dansa dans le ventre de son hôte jusqu’à ce que celui-ci, n’en pouvant plus, le relâche sur la terre ferme. Mais le Marin avait eu le temps, dans le bidon du cachalot, de construire un grillage, qu’il plaça dans la gueule de la bestiole. Depuis, le cachalot ne peut plus se nourrir d’aliment humain, et mange, tout comme les baleines, des produits plus fins.

Ce fut un cachalot qui avala un menuisier italien du nom de Gepetto, et son fils en bois Pinocchio. Mais là encore, les locataires ne se plaisaient pas à l’intérieur du cachalot. Ils allumèrent un feu, qui fit éternuer le cachalot, qui finit par les expulser, tout en avalant de l’eau pour éteindre l’incendie.

Quant à la baleine qui hébergea Jonas, c’était une cousine éloignée de Charybde (vous savez, la fille de Poséidon et de Gaïa qui a la fâcheuse manie de tout engloutir, avant de recracher l’immangeable après) : elle avala l’humain, le garda quelque temps dans son ventre, puis le recracha. Mais attention : j’ai bien dit « baleine », mais… Rapprochez-vous, il ne fait pas le dire trop fort… C’était en réalité un cachalot, mais très susceptible : ne l’appelez pas … C.A.C.H.A.L.O.T. car elle se veut baleine, et rien d’autre.

Conclusion : quand on est trop gros, mieux vaut ne pas manger d’humain, en chair, en bois, en caoutchouc ou autre, car l’humain reste entier et ne se laisse pas digérer tranquillement !

 

Post-Scriptum : moi aussi, j’ai été une nourriture indisciplinée ! Je vous renvoie au billet intitulé "Naruto à la B(L)C", publié le 17 septembre 2006 à 20h29, catégorie "rêves".

 

à bientôt pour de nouvelles aventures !^^

Un plat peu appétissant…

Dans une fosse, des lions attendaient le repas que leur donnaient des humains qui les gardaient. Un jour, ils virent arriver un plat nommé Daniel. Les lions l’entourèrent, humèrent pour identifier la viande…

« Un humain.

– Encore ?

– Bof, il n’y a pas grand chose autour de l’os…

– Qui en veut un bout ?

– Oh, moi je suis au régime, sous prétexte que je suis trop enveloppé : pas de viande, pas de sucre, pas d’alcool…

– Moi, j’en ai ma claque, de la viande humaine. C’est trop… pas assez… Enfin bref, ce n’est pas, mais alors pas du tout ma viande préférée !

– Ne le prends pas mal, mon petit gars, mais je n’ai pas envie de te manger non plus : j’ai pris mon dernier repas il y a un quart d’heure, alors je n’ai plus faim.

– Bon, pour résumer, personne n’en veut, de cet humain ?

– Non !

– Tu as entendu ? Tu peux repartir… Si tu es fatigué, tu peux même dormir ici ; tu n’es pas appétissant, tu n’as donc rien à craindre de nous.

– Oui, repose-toi, tu repartiras demain. »

Et Daniel, en toute confiance, s’endormit entre les lions, bien au chaud dans leur crinière, et repartit une fois bien reposé.

Conclusion : un plat peu appétissant peut devenir un ami sympathique.

Parole de lions !

Le repas trop lourd.

 

Un titan nommé Cronos épousa sa sœur Rhéa (attention ! Cette Rhéa-là n’a rien à voir avec Rhéa-Silvia !). Cependant, il avait peur de ses enfants à venir, car il se méfiait de la progéniture : lui-même n’avait-il pas émasculé son père ? Lorsque la petite Hestia, son premier enfant, vit le jour, il s’empressa de l’avaler. Il renouvela l’opération avec ses enfants suivants : la petite Déméter, le petit Hadès, le petit Poséidon et la petite Héra. Cependant, Rhéa, de nouveau enceinte, était bien décidée à éviter l’estomac de Cronos à son bébé en cours. Alors, ses parents, Gaïa et Ouranos, lui soufflèrent une ruse. Sur le point d’accoucher, Rhéa se rendit en Crète, mit au jour le petit Zeus, le confia à Gaïa et à des nymphes, puis revient auprès de Cronos, une pierre enveloppée dans des langes. Cronos se précipita pour engloutir ce nouveau plat, mais il lui resta sur l’estomac. Qu’est-ce qu’il était lourd, ce nouvel enfant !

Zeus, devenu adulte, était bien décidé à connaître ses frères et sœurs et à les faire renaître. Avec l’aide de Mètis, qui glisse une substance illicite dans le pinard de Cronos, il oblige celui-ci à recracher la pierre avalée par erreur. L’estomac du titan dit ouf, mais le vomitif est puissant, et bientôt ce sont Poséidon, Hadès, Héra, Déméter et Hestia qui sortent. « Tu as de la chance, disent-ils à Zeus, toi tu as pu grandir à l’air libre, nous on avait un estomac pour tout horizon ! Bonjour le paysage, sans parler des odeurs ! »

Cependant, Zeus allait bientôt goûter un plat trop lourd à son tour. En effet, quand il sut que Mêtis allait avoir un bébé, il prit peur et l’avala tout entière. Ce repas lui resta un moment sur l’estomac, puis lui remonta jusqu’à la tête. Impossible de dormir, impossible de réfléchir ! C’est alors qu’Héphaïstos, le fils qu’il avait eu avec Héra (ou qu’Héra avait eu toute seule, il y a litige sur ce point) lui fendit le crâne, et Athéna, la fille qu’il allait avoir de Mêtis, en sortit tout armée !

Conclusion ? Les repas trop lourds ne se digèrent pas !

Paroles de louve…

 

Nous quittons provisoirement la Grèce pour l’Italie, à la rencontre d’une des plus célèbres louves de l’Histoire : la Louve qui recueillit Rémus et Romulus, les enfants de Rhéa-Silvia (connue aussi sous le nom d’Ilia) et de Mars. L’entretien s’est déroulé en latin, mais je traduirai en français par commodité.

ETK

Madame Lupa, dans quelles conditions avez-vous recueilli ces petits humains ?

ML

Je me promenais au bord du Tibre, à la recherche de nourriture, quand j’ai entendu des vagissements de bébés humains. Je me suis approchée, et je les ai vus : deux petits bébés ! Alors je les ai pris avec moi, et je les ai nourris.

ETK

Comme des petits loups ?

ML

Oui, car je venais de perdre mes louveteaux, assassinés par des humains. J’avais encore du lait, donc je leur ai donné.

ETK

N’avez-vous jamais pensé à vous venger de l’assassinat de vos louveteaux ?

ML

Non… J’étais trop triste pour songer à la vengeance, et j’ai été si heureuse de retrouver des petits, même humains, que non, je n’y ai jamais pensé.

ETK

Et… L’instinct n’a jamais repris le dessus ?

ML

Au début non, mais il faut bien reconnaître qu’au bout d’un moment, quand j’eus fini de les allaiter…

J’ai commencé à les trouver appétissants… Allez-y, nourrissez-vous bien, pensais-je, que je me nourrisse bien en retour… Ils avaient fini par devenir bien dodus, prêts à manger, quand un humain adulte est arrivé et me les a retirés.

ETK

Vous avez dû bien rire de ce que la postérité a fait de vous !

ML

Oh, oui ! Mes intentions ont mal été interprétées, c’est sûr ! Mais elles étaient complexes : comme je l’ai dit, au début, je voulais les élever comme mes fils, en faire des loups, des vrais ! Puis plus ils grandissaient, plus ils me paraissaient délicieux, tendres à croquer ! Mais ça, les humains ne l’ont jamais compris.

ETK

D’autres humains ont même prétendu que vous étiez humaine !

ML

Oui, on m’a confondue avec une humaine surnommée Lupa. Mais cette brave dame n’avait vraiment rien d’une louve, je l’ai aperçue un jour, intriguée par la rumeur, qu’elle n’a pas démentie tout de suite, d’ailleurs ! C’est uniquement quand je me suis présentée à elle qu’elle a clamé haut et fort qu’elle n’y était pour rien dans le sauvetage des jumeaux du Tibre.

ETK

Vous lui avez fait peur ?

ML

Oui, mais sans le chercher… Les gens ont peur de nous, les loups… Alors que nous ne sommes pas plus voraces qu’eux… Contrairement aux humains, nous ne pouvons ni cultiver, ni élever notre nourriture – je sais de quoi je parle, j’ai essayé ! – alors nous chassons et nous mangeons ce que nous trouvons. C’est tout.

ETK

Madame Lupa, merci d’avoir répondu à cet entretien pour ETK Onilatki. Oh, une petite chose : je suis venimeuse [en aparté : on ne sait jamais ! Des fois qu'elle n'aurait pas mangé à sa faim avant l'entretien !]. Bonne fin de journée !

Et voilà ce que m’a dit la Louve Romaine. Un exemple de la difficulté qu’ont les animaux à élever leur nourriture, surtout quand celle-ci est humaine.

À bientôt pour de nouvelles aventures !

Le plat récalcitrant.

Piafs voraces, goinffres bourrins,… Ils furent nombreux ceux qui tentèrent de manger le fils de Zeus et d’Alcmène ; mais Héraclès refusa de se laisser manger. Tenez, vous allez voir :

Mécontente de la ènième infidélité de son mari, Héra envoya deux serpents étouffer Héraclès alors que celui-ci n’était qu’au berceau. Les serpents, ces deux goinffres, se disputaient à l’avance les meilleurs morceaux. Mais ce fut le plat promis qui les étouffa.

Quelques temps après, ce fut le lion de Némée qui lorgna vers l’apétissante nourriture. Héraclès était devenu adulte, et ses muscles paraissaient délicieux. Cependant, là encore, il refusa de se laisser manger et tua le lion.

La soeur du lion, l’hydre de Lerne, tenta de croquer Héraclès de ses neuf gueules, mais là encore, il refusa de se laisser manger et tua l’hydre en lui coupant les têtes et en brûlant les plaies afin que les têtes ne repoussent plus.

Peu de temps après, Héraclès alla se balader tel un petit rosbif sur pattes près du lac Stymphale, où vivaient des oiseaux rafolant de chair humaine. Toutefois, il avait prévu le coup, et frappa sur un gong spécial (made by Héphaïstos ! la grande classe !) pour les chasser. Ils ne semblaient pas avoir compris et s’échinaient à vouloir emporter ce plat récalcitrant, qui décocha plusieurs flèches pour bien leur faire passer le message.

Enfin, Héraclès arriva chez un certain Diomède, qui avait pris pour habitude de nourrir ses juments à la chair humaine (eh oui ! déjà cette inepsie, plusieurs siècles avant les farines animales et la vache folle, de vouloir donner de la viande à manger à des herbivores, qui n’ont même pas de canine pour déchiqueter les morceaux !). Diomède présenta le plat nouveau venu à ses cavales, mais là encore, Héraclès refusa de se laisser manger, tua le restaurateur et le servit aux bourrins, qui le mangèrent mais qui, après avoir difficilement digéré cette viande avariée, devinrent végétariens.

Et voilà ! Vous savez maintenant qu’il vaut mieux ne pas tenter de manger Héraclès, pas même une oreille, pas même un orteil : c’est un plat bien trop récalcitrant !!!

La bouffe se rebiffe ou Barbe Bleue l’infortuné gourmet.

Il arrive que la nourriture, qu’on croit prête à être dévorée, se rebiffe et s’échappe. Il arrive même que le gourmet en meure ! C’est ce qui est advenu à l’infortuné gastronome Barbe Bleue.

Dans la salle à manger de son immense château, Barbe Bleue achevait un succulent repas. Tous les mois, il s’octroyait un banquet en solitaire, avec un gigantesque plat unique. Pourtant, tout avait commencé par hasard sept mois auparavant. La faim s’était emparée de lui alors qu’il faisait visiter son château à sa femme. Il avait si faim, si faim qu’il ne put attendre. Ses mains se crispèrent sur son couteau, et l’instant d’après, sa faim fut assouvie. Mais la pièce était couverte de sang. Et que faire de la robe et des bijoux ? Barbe Bleue les dissimula dans cette pièce où tout avait commencé, et n’y pensa plus.

Toutefois, il n’aimait pas vivre seul. Il avait été si souvent rejeté à cause de la couleur de sa barbe… Il trouva rapidement une nouvelle épouse, et ils vivaient heureux, quand la jeune femme, curieuse, se mit en tête de visiter toutes les pièces du château. Elle s’empara du trousseau de clés de son mari, et ouvrit toutes les portes, y-compris celle de la pièce à laquelle Barbe Bleue ne pensait plus. Tout ce sang séché, cette robe tachée et ces bijoux maculés de gouttes rougeâtres l’effraya. Elle hurla, Barbe Bleue accourut, et prit peur. Il la tua, et, pour dissimuler son crime, en fit son repas. Tout comme la première fois, il rangea soigneusement la robe et les bijoux dans la pièce maudite, et tenta d’oublier cette affaire.

Cependant, au bout d’un moment, le souvenir de cet insolite repas le tarauda. Il y avait pris goût… Mais comment se procurer une nourriture identique ? La solution se présenta tout naturellement : il devait se remarier. C’est ce qu’il fit. Mine de rien, il fit en sorte que sa nouvelle femme découvrît la pièce sanglante (autant n’utiliser qu’une seule pièce du château !), la tua et la mangea, rangea la robe et les bijoux et chercha une nouvelle proie.

Le mois suivant, il goûta son repas accompagné d’une sauce au poivre, le mois suivant ce fut une sauce au roquefort, puis vint une sauce aux champignons, et une sauce au miel. Et à chaque fois, il prenait soin de ranger la robe et les bijoux de celle qui était devenue son plat mensuel.

Mais dans la région, on commençait à parler des épouses de l’homme à la barbe bleue, qui se succédaient au château et qu’on ne revoyait jamais. On commença à se méfier. Les jeunes femmes préféraient attendre qu’on leur présentât un autre prétendant, et Barbe Bleue se désolait de ne pas trouver de plat pour son banquet du mois. Il appâta donc ses proies en offrant une fortune considérable à celle qui deviendrait sa femme. Hélène et Anne, les filles de la châtelaine voisine de Barbe Bleue, lui furent présentées. Anne était trop maigre pour faire un bon repas ; il porta donc son dévolu sur Hélène, qui avait de la viande autour de l’os.

Les noces furent célébrées, et Hélène découvrir le château de son mari. Chaque jour de nouvelles pièces, chaque semaine de nouveaux trésors… Cependant Barbe Bleue dus s’absenter. Il confia les clés à sa nouvelle épouse, en lui recommandant bien de ne pas ouvrir la petite pièce au bout du couloir au troisième étage de l’aile Nord. Hélène se demandait bien pourquoi cette pièce ne devait pas être ouverte, mais comme elle avait invité sa sœur et ses amis, elle n’y songea plus. Toutefois, elle se mit à rêver de cette pièce. Elle contempla le trousseau de clés : elle connaissait toutes les pièces correspondant à ces clés, sauf celle que devait ouvrir la plus petite des clés. Une clé d’or, incrustée de rubis… Elle devait ouvrir une pièce où se cachait un trésor incommensurable… Ses pas la menèrent dans l’aile Nord, elle monta au troisième étage, et longea le couloir, jusqu’à la porte de la petite pièce. Elle tourna la clé dans la serrure, ouvrit doucement la porte, entra. Au début elle ne vit rien, puis ses yeux s’habituèrent à l’obscurité. Des bijoux, des robes… Mais tâchés de sang ! Du sang sur le sol, sur les murs aussi… Paniquée, elle trembla, lâcha la clé, la retrouva à tâtons, referma la porte, et courut jusqu’à sa chambre. Haletante, elle s’abattit sur son lit pour reprendre son souffle. Ses yeux revenaient sans cesse sur la clé. Une petite tache de sang en souillait l’or pur. Hélène entreprit de nettoyer la clé, mais pas moyen. Le lendemain, elle croisa Anne, qui lui dit que leurs frères devaient arriver aujourd’hui. Elle s’apprêtait à lui dire ce qu’elle avait vu, quand Barbe Bleue entra dans la pièce. La faim du mois approchait… Il réclama les clés ; elle les lui apporta, mais la clé maculée de sang manquait. Barbe Bleue s’en aperçut, et insista pour la voir. Il flairait le bon prétexte… Hélène, tremblante, alla chercher la clé. Anne s’était cachée dans un recoin du château. Dans un souffle, sa sœur lui demanda de monter à la tour pour guetter leurs frères, puis retourna auprès de son époux. Anne se hâta, et ouvrit la dernière fenêtre de la tour de l’aile Nord. Elle y accrocha un grand voile rouge, pour indiquer à ses frères qu’elle et sa sœur couraient un grand danger. De son côté, mine de rien, Barbe Bleue cheminait avec Hélène vers la petite pièce au bout du couloir.

« Pourquoi cette clé est-elle tachée ? » demanda-t-il. Comme sa femme ne répondait pas, il reprit : « Curieuse nourriture, n’est-ce pas ? L’heure d’assouvir ma faim est enfin venue. »

Comme il ouvrait la porte et s’apprêtait à pousser Hélène dans la pièce, celle-ci se rebiffa : « Non, je ne peux pas être mangée comme ça ! Ignores-tu donc que la peur de mourir gâche le goût de la viande ? Laisse-moi le temps de me préparer. Je n’en serai que meilleure. Et puis, pendant ce temps, tu pourras préparer la sauce… Qu’en dis-tu ? »

Décidément, ce plat était bien curieux, dans tous les sens du terme ! Barbe Bleue accepta cette idée : une viande encore meilleure… Il accorda un quart d’heure à sa femme, le temps qu’il choisisse la sauce appropriée. Toutefois, il ne la quittait pas des yeux !

Hélène appela sa sœur : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie », répondit Anne.

A plusieurs reprises, Hélène réitéra sa demande, espérant que ses frères arriveraient à temps, mais à chaque fois Anne répondait de même.

« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? demanda Hélène, qui commençait à douter, pour la septième fois.

Je ne vois que le four qui brunoit et le couteau qui rougeoie, répondit Anne.

J’ai faim ! rugit Barbe Bleue. J’ai choisi ma sauce, une petite Béchamel…

Hélène, désespérée, demanda, en pleurs :

« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Je ne vois… Attends, je vois deux chevaux, montés par deux cavaliers ! »

La faim tenaillait de plus en plus Barbe Bleue. Il sortit son couteau, s’approcha de sa femme, la poussa vers la pièce, leva son bras, et… S’abattit de tout son long sur le sol recouvert de sang séché. Les frères d’Hélène et Anne, mécontents qu’on prenne leur sœur pour de la nourriture, venaient de transpercer de leur épée le gastronome anthropophage.

Voilà ce qui se passe quand on laisse la bouffe se rebiffer…

Retour du cycle “Nourriture Humaine” : Prométhée (ce que j’ai publié sur Magik Szlavik)

Prométhéé (ou « Il était une fois, une marchande de foie… »)

Zeus a un sale caractère : il déteste se faire avoir, et en voici la preuve.

Un jour, il demande à Prométhée de partager la viande : ainsi, chaque fois que de la viande serait mangée, il y aurait un sacrifice et chacun aurait son morceau. Cependant, Prométhée flairant l’embrouille a une idée : il fait deux plats ; l’un avec les os et les entrailles, qu’il maquille en appétissant ragoût, et un autre où il cache la bonne viande sous une vieille peau pourrie. Zeus arrive, et choisit immédiatement le plat le plus appétissant… Il l’a un peu mauvaise quand il découvre qu’il s’est fait berner, mais comme il a donné sa parole, il ne peut revenir dessus.

Cependant, Prométhée ne s’arrête pas là : il dérobe à Zeus le feu, et le ramène aux Hommes. Là, Zeus ne l’a pas seulement mauvaise : il est en rogne ! Se faire couillonner deux fois de suite et par la même personne, ça dépasse les bornes !

Alors, il enchaîne Prométhée sur un mont du Caucase, et envoie un aigle lui dévorer le foie tous les jours, foie qui se reconstitue la nuit (comme ça, il y a toujours de la viande).

Bien des années après, toutefois, Héraclès passe par là, zigouille l’aigle et libère Prométhée. Bienfait pour l’aigle, il n’avait qu’à aller à Foix, mais il a raté le coche, car ma foi, c’était la dernière fois que la marchande de foie vendait du foie dans la ville de Foix, l’autre fois.

 

 

[Certains m'ont demandé pourquoi je republiais toujours sur Onilatki ce que j'avais publié su Magik Szlavik ; je leur répondrais, pour paraphraser Juliette, que je fais ce que je veux. Bisous à tous et à bientôt ! ^^ ]

Previous Older Entries

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.